Pourquoi et comment étudier les “versions” successives des Misérables ?
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Le site du Groupe Hugo à Jussieu [Paris 7] a numérisé trois états des Misérables de Victor Hugo. Pourquoi et comment les utiliser dans sa classe ?
M. Rosa,en charge de ce travail et spécialiste du sujet, contacté par Mme Danielle Girard que nous remercions, nous a autorisés à publier ces réflexions.
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“Emploi des “versions” successives des Misérables? J’en vois deux.
1 – L’un est très simple: apprendre à se corriger.
Je suis convaincu qu’on n’apprend à écrire qu’en se corrigeant (ce que les étudiants et les élèves refusent par
principe de spontanéité -et par paresse). Constater que Hugo et Flaubert se corrigent peut encourager. Mais Flaubert ne corrige pas que – et même ne corrige pas principalement – le style. Hugo oui.
On peut prendre une page, surligner les endroits que Hugo a modifiés et demander aux élèves la
modification. Ensuite, on explique pourquoi celle de Hugo est la bonne. Ce n’est d’ailleurs pas toujours évident, même à nous, mais quelques instants de réflexion suffisent pour comprendre, et constater que Hugo est vraiment perfectionniste. Car il écrit déjà très bien dès la première rédaction.
2 – L’autre examine les inflexions données à l’intrigue ou aux personnages mais demande une bonne connaissance de l’oeuvre.
Un exemple tout de même où les choses sont plus évidentes qu’ailleurs:
** le chapitre I, 6, 2 Comment Jean peut devenir Champ.
Entre la première et la dernière version, la situation ne change pratiquement pas. Mais elle est traitée de manière toute différente: en quiproquo et malentendu presque comique dans la première version, en “drame” presque sinistre (ironie du sort, etc.) dans la dernière.
** Cela va de pair avec une modification importante du personnage de Javert: d’abord brave type de fonctionnaire consciencieux et borné, ensuite génie du soupçon.
** Dans le même ordre d’idées on peut interroger la mort de Mabeuf et, surtout, celle d’Eponine ou encore le trajet de Gavroche vers la barricade.
Dans les trois cas, les modifications littérales sont infimes, mais suffisantes pour modifier tout le sens des épisodes: ils montrent, dans la première version,ce comble de la misère qu’est son enrôlement politique (non seulement ils sont misérables mais le républicains profitent de leur détresse et, dans ce geste, redoublent leur aliénation); dans la dernière, ces trois destins se relèvent en sacrifices (plus ou moins conscients, mais sacrifices tout de même).
D’une manière générale, il me semble que tous ces exercices n’ont d’intérêt pour des professeurs (et donc leurs élèves) que s’ils s’y livrent d’abord eux-mêmes, que s’ils montrent à leurs élèves ce qu’ils ont découvert. S’ils
ne doivent que répéter ce qu’on leur a dit, ils ne seront pas eux-mêmes convaincus et ne convaincront donc personne. Voilà pourquoi je me garderai bien de leur préparer un cours.
Bien cordialement vôtre,
Guy Rosa “
Rappelons que le formidable travail de numérisation des écrits de M. Hugo est indiqué ici.
Christelle Membrey-Bézier
Comment les écrivains français gagnent leur vie
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Un article passionnant publié sur Eco89 à lire et à faire lire à nos élèves :
http://eco.rue89.com/2008/11/09/comment-les-ecrivains-francais-gagnent-leur-vie
Christelle Membrey


